Vancouver. Canada. Eté 2000. Je courais dans Stanley Park lorsque j’ai vu un cycliste assis à côté de son vélo. Il avait visiblement un problème mécanique car ses 2 manivelles pendaient vers le bas. Je m’approchais pour voir si je pouvais l’aider. C’est ainsi que je fis la connaissance de Franck Day.
Comme vous vous en doutez un peu le vélo de Franck n’avait pas de problèmes et ses manivelles, indépendantes l’une de l’autre, étaient dans leur position de repos favorite ; La tête en bas…..
Au vu de mes jambes rasées Franck m’a demandé si j’étais triathlète. Alors que, tout fier, je lui racontais que j’avais fait tous les Ironman en 1992, il m’a répondu qu’il était un des 12 finishers du mythique premier Ironman d’Hawaii. Du coup maximum respect, je me suis assis et on discuté longtemps…….!!!
On pourrait parler des heures de Franck Day mais ce n’est pas trop le sujet. Il faut savoir que c’est un triathlète, coureur à pied (trails, ultra distance….), qu’il a une formation d’ingénieur nucléaire (5 ans dans un sous marin atomique..), et qu’il est passionné par tout ce qui touche la mécanique du mouvement.
C’est ainsi que lui est venue l’idée de ces manivelles.
Powercranks ; L’idée :
Dans le pédalage il y a la phase de poussée qui est la plus simple mécaniquement et la plus rentable, mais il y a aussi la partie traction et le passage des points morts qui sont, eux, préjudiciable au rendement.
Franck a donc réfléchi à la manière d’améliorer ces points négatifs.
Les études ont démontrées que lors de la phase de traction, même en remontant consciemment sa jambe, on avait toujours un retard par rapport à la jambe qui pousse et qu’on exerçait toujours une force négative sur la pédale (dirigée vers le bas et l’arrière). C’est donc la jambe qui pousse qui doit vaincre cette résistance supplémentaire.
De même, plus que le travail conscient de la cheville, c’est "l’élan" pris par la vitesse de rotation qui aide à passer les points morts.
L’idée était donc d’apprendre à chaque jambe à remonter son propre poids et à travailler seule son passage aux points morts hauts et bas. D’ou l’idée de manivelles indépendantes.
Powercrancks ; Le système :
Comment concrétiser cette idée. Pour faire simple imaginez un système de roue – libre dans chaque manivelle. Quand vous pédalez vers l’avant la manivelle est en prise avec l’axe de pédalier, mais dés que vous cessez d’exercer une force la manivelle est libre et n’entraîne plus rien. Idem pour l’autre. Avec ce système les manivelles sont complètement indépendantes ; cela revient à faire du pédalage d’une jambe mais avec les 2.
Vous pourrez ainsi frimer avec vos collègues (une fois habitué) et les doubler en pédalant les 2 jambes parallèles ou d’une seule jambe (faudra bosser un peu avant..) !!
Powercranks ; Les avantages attendus :
Le principal avantage est de pouvoir exercer une force positive sur tout le cycle de pédalage.
Le 2ème est d’apprendre à passer les points morts efficacement.
(En ce sens, et quoi qu’en pense la majorité des gens, les manivelles Powercranks, surtout utilisées pour l’entraînement, ne sont pas concurrentes du plateau Harmonic ou du pédalier Rotor. Elles peuvent même être complémentaires. Rien n’empêche de mettre un plateau Harmonic avec les Powercranks ou de mettre son pédalier Rotor pour les compétitions. L’idéal étant d’avoir 2 vélos. Un d’entraînement avec Powercranks et l’autre de compétition avec le Rotor ou l’Harmonic).
Le 3ème avantage est de synchroniser ses jambes. On sent très vite quand les jambes ne sont pas en phase et l’autocorrection se fera d’elle même.
Le 4ème est de muscler chaque jambe de manière équilibrée puisque chaque jambe participe seule au mouvement.
A vélo le gain maximal estimé par Franck Day se situe autour de 30 - 40% de puissance, ce qui se traduirait par un gain de vitesse d’environ 5 Km/h. Le gain moyen se situant, lui, autour de 1 à 3 Km/h.
Un 5ème avantage, important pour nous triathlète, est le gain à pied. En effet, remonter nos jambes va nous obliger à muscler nos muscles de la hanche dans un mouvement similaire à celui fait lorsque nous remontons les jambes en courant (un peu comme si, en PPG, on faisait des montées de genoux). La différence de taille c’est que dans notre cas les manivelles Powercranks nous obligent à le faire sur des périodes infiniment plus longues et le travail est donc plus bénéfique.
On voit donc que sur le papier ces manivelles sont vraiment intéressantes et séduisantes. Passons donc aux choses sérieuses.
Powercrancks ; L’essai :
Bien qu’en contact avec Franck Day depuis longtemps, j’ai mis un peu de temps à commander ces manivelles. Je les ai reçu début novembre et les utilise donc depuis 6 mois (hormis pour les compétitions où je remet mon pédalier Campagnolo Record carbone).
J’ai commencé prudemment sur home-trainer (et avec raison..). La première séance a durée exactement 20’ et je n’aurais pas réussi à faire 30’’ de plus. Ce n’est pas que ce soit extrêmement dur mais les muscles de la hanche, peu habitué à ce genre d’effort, ne pouvaient pas continuer.
Il faut aussi savoir que, pour les mêmes raison, la fréquence de pédalage est beaucoup plus basse que ce dont vous avez l’habitude. Sur mes premiers entraînements j’étais à environ 70-75 tr/mn contre 85-90 d’habitude.
Il m’a fallu 1 mois pour arriver à faire 45 mn. Il a fallu adapter mes réglages (potence plus courte d’1 cm et plus haute de 4 cm). Pendant ces 4 semaines mes jambes se sont synchronisées et j’ai commencé à être un peu plus à l’aise. Ca n’était pas plus facile pour autant.
J’ai décidé alors de faire un test sur la route sur mon parcours vallonné habituel.
1ère particularité : le poids. Le système complet doit peser environ 1 Kg de plus que son équivalent classique.
2ème particularité : le démarrage. Les 2 manivelles étant en bas, il faut en remonter une, appuyer pour faire avancer le vélo mais ensuite l’autre manivelle étant toujours en bas, vous vous retrouvez avec les 2 jambes en bas !! C’est un coup à prendre mais au début je conseille les démarrages en descente….
3ème particularité : les trous ou dos d’âne. D’habitude, pour les éviter, vous mettez vos jambes en opposition et "sautez" l’obstacle. Maintenant, si vous faites la même chose vous vous retrouvez les 2 jambes en bas et les fesses seulement à quelques mm au dessus de la selle. Donc là aussi il faut faire attention au début.
Idem lorsque vous voulez vous mettre en danseuse. Avec les Powercrancks le mouvement ressemble plus à de la course à pied et il vaut mieux s’entraîner sur le HT avant (ou choisir une route déserte…).
Enfin, dans les virages il faut penser à relever la manivelle du côté intérieur, car sinon elle restera en bas et va toucher la route.
Cependant ne vous inquiétez pas car toute cette adaptation se fera naturellement et progressivement. Il faut quand même le garder à l’esprit.
Cette première sortie de 40 Km ne s’est pas trop mal passée mais a été quand même très dure et plus lente que ce que j’avais l’habitude de faire d’environ 10%.
Pendant ces 6 mois j’ai donc d’abord augmenté progressivement les distances (j’en suis actuellement à 135 Km pour ma plus longue sortie. Soit 4h 15). J’ai ensuite travaillé la vélocité pour habituer ces nouveaux muscles à remonter vite (j’en suis actuellement à pouvoir tenir un rythme de 80 tr/mn). J’ai également travaillée la puissance explosive (la force venant d’elle même à cause des gros braquets que l’on tire à cause du manque de vélocité).
Aujourd’hui je suis en mesure de faire mes entraînements classiques, rouler en peloton, accélérer en danseuse… exactement comme avant et tant que je ne dépasse pas 3 heures. Au delà je continue à fatiguer. Par contre il faut savoir que 3 heures de Powercranks équivalent à beaucoup plus lorsqu’on revient aux manivelles classiques.
Le gain est dur à estimer mais il est réel. J’attends les prochaines compétitions importantes pour le quantifier. Ce qui est sur c’est que lorsque je repasse sur mon vélo de compétition j’ai de supers sensations, que mes transitions vélo – course se passent nettement mieux, et que j’ai progressé d’environ 1’ sur 10 Km en course à pied pure et enchaînée. Pour quelqu’un qui court depuis presque une vingtaine d’année c’est royal !
Il me reste juste à toujours travailler la vélocité et le volume.
Coté résultats j’ai fait 4 compétitions ; 1 trail de 20 Km où je finis 6ème au scratch et 1er vétéran, une course cycliste où je fais 2ème de ma catégorie (battu au sprint), une course de côte à pied (la montée du Col de Vence, ceux qui font le triathlon de Nice connaissent) où je fais 8ème sur 400 avec là encore 1’10 de mieux que mon record et enfin le Duathlon de Grasse où, malgré mon manque de préparation spécifique, j’améliore mes temps à pied de 25’’ sur les premier 5 Km (17’05 contre 17’30 l’an dernier) et également de 30’’ sur le 2ème (18’ contre 18’30). Le vélo a été moyen mais à cause du gros volume effectué cette semaine là.
Résumé :
Les manivelles Powercrancks ne sont pas difficiles à installer. Tous les vélocistes peuvent le faire.
Il faut légèrement changer sa position (à minima relever la potence). Vous pourrez ensuite revenir progressivement à votre position initiale.
Tous les avantages attendus sont réels et ne sont pas du marketing. Par contre, tout en restant très appréciables, ils sont moins rapides et importants que ceux annoncés.
Ces résultats sont d’abord sensibles sur des courtes distances.
L’utilisation n’est pas évidente au début et il faut compter plusieurs semaines pour s’adapter au fonctionnement et plusieurs mois pour voir vraiment les effets. Avant cette adaptation toutes les sorties ne sont pas forcément agréables.
A pied le gain se fait sentir plus rapidement (une quinzaine de jours pour les premières bonnes impressions).
Conclusions :
A cause de leur utilisation un peu rébarbative au début et de l’effort musculaire supplémentaire demandé, ces manivelles sont destinées en priorité à ceux qui veulent augmenter leurs performances à pied et/ou à vélo (et donc en Triathlon, Duathlon…). Elles peuvent également servir en rééducation puisque chaque jambe travaille avec son propre potentiel.
J’ai demandé à tester ces manivelles car l’idée me paraissait bonne. Aujourd’hui le gain se fait sentir et je suis donc convaincu de leur valeur (même si les résultats ont mis plus longtemps que prévu à arriver). Je vais donc les garder et continuer à faire des tests terrains qui seront maintenant plus concrets puisque les compêts importantes arrivent. Ces résultats seront publiés régulièrement car je suis persuadé que l’adaptation complète doit prendre au moins 1 an. Après tout, combien de temps avez vous mis pour muscler vos quadriceps ?
Enfin, voici la liste non exhaustive des athlètes utilisant les Powercrancks :
Mario Aerts, Paolo Bettini, Cadel Evans, Stéphano Garzelli, Johan Museeuw, Danielle Nardello, Ned Overend, Graig Bennett, Lisa Bentley, Cameron Brown, Heather Fuhr, Peter Kotland, Barbara Lindquist, Michellie Jones, Chris McCormack, Sheila Taormina, Petr Vabrousek etc...

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