Delphine Pelletier


Petit historique :

Delphine est née le 16 juin 1977 à Bourges. Elle a donc 27 ans. Elle a commencé le triathlon à 18 ans avec un passé de nageuse (dos). Après une progression prometteuse (4ème des championnats d’Europe junior en 1996, 5ème des championnats de France en 1998, 1ère en 2002 et 2003, vainqueur de la coupe de France en 2002, championne du monde militaire en 2003), elle vise en 2004 une sélection pour les JO d’Athènes.

TriathlonPerformance : Delphine, comment s’est passé ton début d’année 2004 ?

Delphine : Suite à mes résultats 2002 et 2003 j’étais déjà présélectionnée pour les jeux. J’ai donc suivi les stages de l’équipe de France. Malheureusement, je me suis blessée en mars au retour de celui de Lanzarote. Bilan : double déchirure au mollet.

Les championnats d’Europe se tenaient en avril. Ma blessure n’étant toujours pas guérie, j’ai préférée ne pas participer et déclarer forfait afin de me soigner et de ne pas compromettre mes chances de sélection pour les JO.

TPF : Le 9 mai, 3 semaines après ces championnats d’Europe, tu t’alignes donc aux championnats du monde de Funchal. Cette course servait de sélection pour les Français. Comment s’est passée cette compétition ?

Delphine : Je n’avais pas pu courir plus de 2 ou 3 fois en 5 semaines et j’y suis donc allé sans trop d’illusions. Il fallait finir dans les 12 premières pour être qualifiée d’office. J’ai fait une bonne natation et un vélo correct. A pied j’ai limité les dégâts et je finis 21ème à 4’ de la 1ère. Marion Lorblanchet ayant abandonnée suite à un problème dans l’épreuve de natation, je finis donc 1ère Française. Ensuite la Fédération a fait son choix car nous n’avions qu’un seul dossard pour les jeux, et j’ai été sélectionnée.

TPF : Tu as du être très heureuse de cette sélection ?

Delphine : Cette sélection a été une grande joie et une belle satisfaction. Un soulagement aussi car rien n’était joué d’avance. Bien sur j’ai été déçue pour Marion. On se connaît bien, on est dans le même club, elle aussi avait beaucoup travaillée et mis beaucoup d’espoir dans cette sélection.

TPF : Comment as tu poursuivie ta préparation ?

Delphine : Ma blessure a été complètement guérie mi-juin et j’ai poursuivi les stages ; Hagetmau, Athènes…..Physiquement ça allait de mieux en mieux, par contre c’était un peu plus dur psychologiquement car j’étais la seule fille du groupe et il y avait une différence de niveau sensible avec les garçons. Surtout en natation et à pied ou je n’avais pas encore retrouvé un niveau top. Cela ne m’a pas facilité la tache.

Néanmoins, je me sentais de mieux en mieux physiquement et j’ai ainsi remporté de belles victoires dont le DO d’Embrun, 10 jours avant l’échéance olympique. Sur cette course j’ai eu de supers sensations.

TPF : Avant de partir tu t’aperçois que tu es enceinte. Comment cela s’est passé ?

Delphine : Avec Sylvain (Dodet), nous avions souhaité avoir un enfant après les jeux. Mon taux de masse graisse très faible et le sport de haut niveau m’ayant déréglée, le docteur m’avait indiqué qu’il me faudrait plusieurs mois de récupération après ma fin de saison pour espérer tomber enceinte. Nous ne prenions donc plus de précautions particulières. De plus je n’ai eu aucun des symptômes habituels comme des nausées ou autres…..Ce n’est donc qu’une semaine avant de partir, lors de ma dernière visite chez le médecin, qu’il s’est aperçu que j’étais enceinte de 6 semaines !! Après des examens complémentaires, le docteur m’a expliqué que, dans l’état actuel des choses, il ne voyait pas de contre indication à ma participation à Athènes.

TPF : Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’une sportive participe à une compétition en étant enceinte. B.Mac Mahon la précédente championne olympique, était elle aussi enceinte le jour des JO de Sydney. Mais toi, comment te sentais tu ?

Delphine : Si j’ai pris la décision de participer c’est que je me sentais super bien ! J’étais très motivée et j’avais eu de très bonnes sensations à Embrun quelques jours auparavant.

TPF : Tu es donc partie à Athènes bien dans ton corps et dans ta tête. Comment s’est passée cette course. Tout le monde se souvient de ces images d’une Delphine en larmes mais continuant jusqu’à la ligne d’arrivée.

Delphine : L’avant course s’est bien passée. J’ai juste ressentie la pression la veille et le matin du départ. Le contraire aurait d’ailleurs été surprenant, ce sont quand même les JO !!

Après le départ natation je n’étais pas super bien placée et je n’arrivais pas à trouver de bonnes sensations. Néanmoins je me suis accrochée et, même si je sors un peu loin de la tête, je suis quand même restée dans le groupe principal qui contenait la future championne olympique. A la sortie de l’eau j’ai eu un souci avec une chaussure dans la transition et j’ai perdue un peu de temps. Après un effort solitaire je suis rentrée dans le peloton juste avant la bosse. Là, comble de malchance, je déraille en passant le petit plateau, reperds du temps mais revient encore dans le peloton au milieu de la bosse. Malheureusement cet effort supplémentaire va me coûter cher car, suite aux différentes accélérations, je ne vais pas arriver à rester au contact. Du coup je vais basculer seule au sommet et ensuite je perdrais inexorablement du terrain sur le peloton. Je me suis battue le plus possible mais, au bout d’un moment, devant l’impossibilité de revenir, je ne me suis plus sentie dans la course.

Voilà, le reste n’est qu’anecdote. Elle finira dernière sans pour autant avoir réellement ralentie. C’est juste que certaines qui étaient derrière l’ont dépassée et que les autres ont abandonnée. Delphine, elle, s’accroche malgré tout, malgré l’immense déception personnelle, malgré la déception qu’elle a peur de générer, malgré l’amertume, malgré le sentiment d’humiliation. Elle s’accroche car on n’abandonne pas les JO. Trop de travail, de sacrifices, d’investissement personnel consentis. Et puis les JO c’est un aboutissement. Réussi ou pas on va au bout. Le vrai, le seul, le véritable échec serait l’abandon.

Ensuite Delphine ira à la Baule pour le club (qui ne le lui a pas imposé), puis elle finira sa saison par la coupe de France des clubs mais en ne faisant que la natation et le vélo, la course à pied risquant, à ce stade, d’être traumatisante pour le bébé.

Elle a maintenant coupé l’entraînement et ira nager tranquillement un peu par la suite.

Après son accouchement et en laissant faire les choses se faire naturellement, elle souhaite reprendre le sport puis retrouver le haut niveau. Peut être fin 2005 ou courant 2006.

Sa grossesse se passe bien et elle remercie tous ceux qui l’ont soutenue, aidée, encouragée et qui continuent à le faire.

Certains continuent à polémiquer. C’est qu’ils n’ont rien compris……

Merci encore à Delphine pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Joël. Novembre 2004.

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